Bio : la guerre des prix !
Par Nicolas • 21 juil, 2010 • Catégorie : A la Une !, Actualités & Évènements
Communiqué de presse de la FNAB :
La bio, victime collatérale de la guerre commerciale entre géants de la grande distribution?
La majorité des enseignes de la grande distribution et du hard discount proposent aujourd’hui des gammes de produits biologiques. Pour cela, certaines se sont lancées dans une bataille commerciale afin de proposer des prix toujours plus bas… Quelles seront les conséquences pour les consommateurs et les producteurs ? La Fédération Nationale d’Agriculture Biologique des régions de France tire la sonnette d’alarme.
Explications.
L’enseigne Auchan a lancé l’offensive en proposant depuis mai dernier 50 aliments bio à moins d’1 euro. L’enseigne Leader price (groupe Casino) a répondu en réalisant une campagne publicitaire la positionnant moins chère que deux enseignes nationales sur un panier de 29 produits. Leclerc a attaqué à son tour en lançant un site internet visant à comparer les prix des produits bio de marques nationales ou distributeurs.
Cette stratégie, qui n’est pas poursuivie par toutes les enseignes, s’appuie sur la croissance continue des achats de produits biologiques y compris en temps de crise, une tendance significative d’une modification des habitudes alimentaires des consommateurs. Si moins de 50% des produits bios sont achetés en GMS, il s’agit de capter une clientèle croissante et de surfer dans le même temps sur la vague de la « consommation responsable ».
Comment dès lors ne pas souscrire aux messages de « démocratisation » de la bio porté par les « lois naturelles » de la concurrence économique ? Si cette bataille commerciale est avant tout une opération publicitaire, elle s’appuie sur des mécanismes déjà subis par les paysans qui pourraient bien avoir des conséquences destructrices sur la filière bio. Il faut se souvenir que la «guerre des prix» commencée dans les années 70 a profondément modifié le système agro-alimentaire avec la double concentration des fournisseurs et des distributeurs. Voudrait-on aujourd’hui, à la faveur d’une nouvelle crise économique, appliquer cette stratégie implacable à la bio ?
A un objectif « du plus bas prix » il faut substituer un objectif du « juste prix » dans l’intérêt de toutes les parties prenantes : citoyen, producteurs, transformateurs et distributeurs. Les enseignes qui lancent la guerre des prix de la bio sans autre forme de considération pour les enjeux économiques, environnementaux et sociaux d’une telle stratégie, portent une responsabilité importante dans la fragilisation de la filière dans son ensemble.
D’autres mécanismes sont possibles, comme le démontrent plusieurs expérimentations mises en place entre des groupements de producteurs bio et des enseignes de distribution spécialisées (outils de planification des cultures et de lissage des prix). Face à leurs besoins d’approvisionnement qualitatif, des enseignes de la grande distribution contribuent aussi à la structuration de filières durables assurant une juste rémunération des producteurs. Ces démarches, au plus près des territoires, visent des objectifs indissociables de qualité des produits, de sécurité des approvisionnements, de rémunération des producteurs et de rationalisation des coûts (du mode de production aux questions logistiques).
Face à la crise structurelle de l’agriculture provoquée notamment par les logiques économiques de la GMS, la loi de modernisation de l’agriculture adoptée le 13 juillet dernier prévoit le développement des contractualisations et créée un observatoire des marges et des prix. A l’occasion de l’examen du projet de loi à l’Assemblée nationale, Bruno Lemaire, ministre de l’agriculture, a été clair sur cette logique destructrice : « Comment accepter que les producteurs soient systématiquement la variable d’ajustement de la filière commerciale en France ? Comme si on pouvait toujours tirer le prix le plus possible vers le bas, comme si on pouvait oublier que la qualité du produit, la sécurité sanitaire et le respect de l’environnement ont un coût pour nos producteurs et que c’est les producteurs qui payent pour cela (…) ».
Si la régulation du système agro-alimentaire est en effet nécessaire, les rapports de force économiques établis ne seront pas remis en cause par cette loi. La bio, dont les spécificités n’ont pas été prises en compte dans ce texte, doit continuer à proposer de nouvelles alliances objectives entre citoyens, producteurs et les acteurs économiques de la transformation et de la distribution. Ces innovations socio- économiques ne pourront se pérenniser que par une forte volonté du consomm’acteurs et la multiplication des démarches des enseignes en ce sens. Les paysans bios n’imaginent pas développer la bio autrement que dans des nouveaux rapports sociaux qui préservent l’intérêt et le revenu de chacun des acteurs de la filière.
Un autre type d’économie et de rapports sociaux sont possibles, qui veut y travailler ?
Plus d’info sur le site de la FNAB …
À Lire autour du sujet :
- Le bio un réflexe de consommation ?
- Les produits bio en grande surface : trop cher !
- Qu’est-ce que l’agriculture biologique
- 10 bougies pour le Printemps Bio
- Fruits et légumes bio 70% plus cher : biocoop invite les consommateurs à mieux comprendre ce marché




LA GUERRE DES PRIX A COMMENCE
Cette guerre des prix ne fait que commencer. A partir du moment ou le gouvernement et les organisations professionnelles du bio veulent développer la production sans s’assurer que la demande va suivre, on court à la catastrophe. Aujourd’hui la part du marché du bio est très faible: 2 à 3 %. Le Gouvernement veut la faire passer à 6 % en 2012 et 20 % en 2018 !
Dans ce scénario les produits bio sortent d’un marché de niche pour entrer dans un marché de masse Or la différence de prix entre les produits bio et les produits de l’agriculture conventionnelle est de plus de 50 % selon Que Choisir. Si les prix du bio ne baissent pas, il y a fort peu de chances que la demande continue à augmenter au rythme actuel. Or les prix produits bio ne peuvent pas baisser car leurs coûts de production sont plus élevés. Ils ne pourraient baisser quand utilisant les biotechnologies, ce qu’ils se refusent. La grande distribution ne fait donc qu’accélérer un processus inévitable: les produits bio ne pourront plus être produits en France à nos prix de revient. Et si les prix ne baissent pas, comme le demandent les producteurs bio français alors que la production va fortement augmenter, on assistera à des excédents de l’offre des produits bio produits en France par rapport à la demande. Ce sera la » bulle du bio » et on aura cassé ce marché de niche.